Edmonde, Dominique de Saint Pern

Le titre est trompeur, car ce livre ne raconte pas vraiment l’histoire d’Edmonde Charles-Roux, femme de lettres et journaliste française. Il retrace par contre dans une ambitieuse fresque romanesque le destin d’une famille déchirée par et pendant la Seconde guerre mondiale, les Charles-Roux.

Edmonde Dominique de Saint Pern

Fille de diplomate, Edmonde grandit dans un environnement cosmopolite, petite dernière d’une fratrie de trois, après Jean et Cyprienne. Son père est ambassadeur à Prague puis auprès du Saint-Siège. C’est d’ailleurs à Rome, en 1938, que s’ouvre le roman. Edmonde a 18 ans. De ses années d’enfance, on ne saura rien, si ce n’est quelques souvenirs de cousinades évoqués un peu plus tard lorsque l’action se déplace sous le ciel du sud de la France.

L’héroïne de Dominique de Saint Pern est rarement au cœur du roman. Les nombreux personnages qui gravitent autour d’elle prennent beaucoup de place. Rien de désagréable en soi : l’auteur nous offre une galerie de portraits de la bonne société de l’époque. Deux personnes s’imposent en particulier, son père et sa sœur. Certes, leurs parcours mériteraient qu’on s’y attarde, mais quand même, vu le titre, c’est d’Edmonde qu’on aimerait bien entendre parler.

Au début du livre, c’est une jeune fille un peu rebelle et très amoureuse. 400 pages plus loin, elle a 25 ans et son grand amour est mort sur le front albanais. En sept ans, sa vie a radicalement changé. La jeune fille énergique a mené sa barque dans la tourmente, prise entre un milieu social qui maintient les apparences et la réalité de la guerre, qu’elle côtoie de près comme infirmière pour la Croix-Rouge et résistante. Si Zweig n’avait pas déjà pris l’expression pour parler de l’avant 1914, on dirait qu’elle a connu « le monde d’hier », lorsque l’on pouvait épouser un prince ou un duc, voir ses parents partir à un bal costumé des années folles, faire faire ses robes sur mesure dans les boutiques parisiennes. Lorsque la guerre se termine, ce monde n’est plus et Edmonde est devenue une femme bien décidée à continuer à vivre libre. Mais de cela non plus, on ne saura rien.

Ce n’est pas la première fois que je lis une biographie romancée (j’avais déjà lu Le roi chocolat par exemple), mais celle-ci m’a frappée par son côté particulièrement romancé. Peut-être un peu trop, justement. L’auteur construit des décors, évoque une époque et suggère des atmosphères plus qu’elle ne creuse la personnalité et ne développe le parcours de son héroïne. J’ai refermé le livre en ayant l’impression d’avoir lu un roman intéressant sur une époque complexe. J’ai aimé sa manière d’évoquer certains sujets, comme l’engagement et la mort de Camillo Catani, j’aurai aimé qu’elle en creuse davantage d’autres, comme l’effondrement de la haute société italienne. Mais je ne sais toujours pas qui est Edmonde Charles-Roux. Peut-être qu’un second tome m’en dira plus, il paraît qu’elle a eu une vie intéressante.

Edmonde
Dominique de Saint Pern
Stock

Parce que je ne sais pas s’il y aura un tome 2, je glisse deux-trois éléments biographiques sur Edmonde Charles-Roux, si comme moi, vous ne la connaissiez pas (eh oui, j’assume, je ne savais pas qui c’était) : Edmonde Charles-Roux (17 avril 1920 – 20 janvier 2016) est une femme de lettres et journaliste française. Infirmière sur le front pendant la drôle de guerre, elle rejoint ensuite dans la Résistance, puis, après le débarquement de Provence, entre au cabinet du général de Lattre de Tassigny, qu’elle accompagne dans sa remontée vers l’Allemagne. Après la guerre, elle participe à la fondation du magazine Elle puis travaille pour la version française de Vogue, où elle reste jusqu’en 1966. Elle commence alors une seconde carrière, comme écrivain, et signe des romans et des biographies. Oublier Palerme reçoit le prix Goncourt en 1966. Par la suite, elle deviendra membre de l’académie Goncourt entre 1983 et 2016 et la présidera de 2002 à 2014. Avant d’épouser Gaston Defferre (résistant et maire de Marseille), elle a eu de nombreux amants célèbres, comme André Derain, Maurice Druon ou Orson Welles.

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