La langue de Trump, Bérengère Viennot

Cette semaine, on a appris que Donald Trump se présentait à sa propre succession l’an prochain. La seule conclusion positive que l’on peut tirer de cette annonce, c’est que s’il est réélu, au moins, cette fois-ci les traducteurs du monde entier sauront à quoi s’en tenir. En 2016, c’était loin d’être le cas et même les plus aguerris ont eu des sueurs froides lorsqu’ils ont commencé à traduire les propos du 45e président des Etats-Unis dans leur langue.

La langue de Trump Berengere Viennot

Dans son livre La langue de Trump Bérengère Viennot explique les raisons de ce malaise et le défi qu’a représenté Trump pour cette profession dont le travail ne consiste pas à remplacer des mots par les mêmes dans une autre langue, mais bien à « passer un message d’une langue à une autre ». Ce qui est beaucoup plus subtil puisqu’il faut bien sûr « comprendre le texte d’origine », mais aussi, et surtout, connaître le sacro-saint « contexte », ce petit truc en plus qui permet de comprendre le sens d’une phrase et de saisir la nuance ou le concept glissés derrière l’usage de tel ou tel mot.

Traductrice de presse depuis l’an 2000, Bérengère Viennot adore son métier et voue une passion sans borne à la langue anglaise. Alors forcément, un président qui la « maltraite » à ce point, ça la met dans tous ses états. Rien ne va dans la manière de parler de Trump, ni le fond, ni la forme. Les exemples qu’elle glisse tout au long du texte sont éloquents : extraits d’interviews dont les réponses tournent en boucle ou ne veulent simplement rien dire (au point qu’elle se sent obligée de nous confirmer que c’est vraiment ce qu’il a dit), usage d’un « vocabulaire de niveau 5e », représentation binaire du monde (les gentils – les Américains, les méchants – tous ceux qui veulent du mal aux Américains), sexisme, vulgarité, fake news… L’auteur passe tout à la moulinette pour mieux décortiquer le propos et la personnalité du président américain.

Anti-Trump assumée et féministe revendiquée, Bérengère Viennot est aussi dotée d’un sacré sens de l’humour. En analysant un tweet de Donald Trump (impossible de faire l’impasse sur le réseau social préféré du président, comme il tweete directement, c’est « un excellent moyen d’observer [sa] façon de parler. »), elle n’hésite pas à glisser un petit commentaire qui détend tout de suite l’atmosphère : « […] il a l’air d’inventer un nom de groupe de rock des années 1980 (en VO, « Crooked Hillary and the Democrats », ça sonne plutôt bien non ?)[…] ». De quoi éviter aux lecteurs de sombrer dans une profonde déprime au fur et à mesure qu’elle décortique l’art et la manière de parler du président Trump (si, on peut dire ça comme ça : parler aussi mal, ce n’est pas donner à tout le monde).

Le tableau qu’elle brosse est assez peu reluisant tant pour le président Trump que pour ses concitoyens, qui l’ont élu. Mais au-delà, Bérengère Viennot propose une intéressante analyse de l’usage de la langue et de ce que signifie savoir la manier correctement et en maîtriser les subtilités lorsqu’on est chef d’Etat. Mais pas seulement quand on y pense. Elle-même en est la preuve : sa maîtrise du français (corrolaire indispensable de la maîtrise de l’anglais dans son métier) rend son écriture fluide et enlevée, et c’est un plaisir de lire un livre à la fois intelligent et bien écrit.

La langue de Trump
Bérengère Viennot
Les Arènes

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