A la ligne, Joseph Ponthus

A la ligne est un texte unique en son genre : pas tout à fait roman, pas tout à fait autobiographie, pas tout à fait poésie, et pourtant un peu de tout cela en même temps. Dans ses « feuillets d’usine », qui courent sur plus de 250 pages, Joseph Ponthus raconte sa vie d’ouvrier intérimaire, envoyé au gré des besoins dans une conserverie de poissons ou des abattoirs bretons.

A la ligne Joseph Ponthus

Être ouvrier dans une usine de l’industrie agro-alimentaire, c’est manipuler des animaux morts, qu’il s’agisse de poissons, de crustacés ou de bovins. Un travail de nuit, ou en horaires décalés, physique, répétitif. C’est dur, harassant et aliénant. Il faut tenir, juste tenir. Sans poser de question et sans savoir de quoi l’avenir sera fait : être intérimaire, c’est être un pion dont d’autres maîtrisent le destin.

Malgré tout, il reste de la place pour un peu d’humanité. Derrière les machines, il y a des hommes, avec leurs joies et leurs peines, les aléas du quotidien, les petites victoires, la solidarité qui s’exprime de manière inattendue.

Dans le cas de l’auteur, il y a aussi la littérature. Pouvoir s’évader avec les mots, c’est sa force. Pendant qu’il enchaîne les gestes mécaniques, il laisse son esprit vagabonder et garde l’œil ouvert, s’assurant à lui-même qu’il est un observateur extérieur, juste de passage dans ce monde prolétarien. Lorsqu’il rentre chez lui, il couche sur le papier ses impressions du jour, qu’elles soient liées à l’usine, à sa situation personnelle, à ses inquiétudes. Il ne se rappelle pas toujours des meilleurs vers qu’il a imaginés pendant qu’il travaillait. Il en reste quand même quelques uns, qui frappent fort.

Je ne m’attendais pas du tout à une telle lecture. J’avais ouvert le livre un peu sceptique, je l’ai fini presque en apnée, tellement j’ai trouvé ce témoignage sur le monde de l’usine et le travail précaire puissant. La tension est permanente, à l’image de ce que vit l’auteur, tant physiquement que mentalement. Les mots, les idées s’enchaînent. Il n’y a ni point, ni virgule. On reprend sa respiration où l’on veut, où l’on peut, et on termine chamboulé, avec quelques certitudes en moins. A un livre à lire absolument, pour réfléchir !

A la ligne
Joseph Ponthus
La table ronde

logo 68J’ai lu ce livre dans le cadre de la session de printemps 2019
des 68 premières fois. Merci à toute l’équipe !

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3 réflexions sur “A la ligne, Joseph Ponthus

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