Les compromis, Maxime Calligaro et Eric Cardère

J’ai passé une bonne partie de mes années d’études supérieures à étudier les arcanes des institutions européennes, devenant incollable sur les traités européens, les fondamentaux du droit communautaire et les processus de codécision ou de trilogue. Dit comme ça, ça peut faire peur, et le pire, c’est que j’ai adoré ça. Honnêtement, depuis que j’ai mon diplôme en poche, ça ne m’a jamais servi. Mais quel n’a pas été mon plaisir de replonger dans ce monde parallèle lorsque j’ai eu entre les mains le premier roman de Maxime Calligaro et Eric Cardère, Les compromis !

Les compromis Maxime Calligaro Eric Cardere.png

Les deux auteurs connaissent les institutions européennes et leurs processus décisionnels sur le bout des doigts, puisqu’ils en ont tous les deux fréquenté assidûment les couloirs. Le premier est un ancien assistant parlementaire, et le second, on ne saura pas puisqu’il semblerait qu’il y travaille encore. Ensemble, ils ont relevé le défi d’imaginer un polar dont l’action se déroule au cœur des institutions, du côté de la rue de la Loi à Bruxelles et sur les bord de l’Ill à Strasbourg.

Qui aurait cru que suivre les tractations et les négociations sur l’écriture d’une directive puisse se révéler captivant ? Pendant 280 pages, les deux auteurs nous promènent dans les couloirs du Parlement européen, nous faisant vivre comme si on y était le quotidien de ces lieux méconnus et incompris (voire incompréhensibles pour beaucoup) et des gens qui y travaillent. Plus vrais que nature (certainement parce qu’inspirés de personnes bien réelles!), les personnages nous font comprendre concrètement ce qu’il se passe à « Bruxelles ».

Poids des lobbies, logique partisane et alliance de raison, respect du droit et petites tractations… 1001 éléments qui entrent en jeu dans le choix des mots, et même de la ponctuation, qui composent un texte soumis au vote des eurodéputés. Sans compter que les luttes d’influence et les retournements de situation ne sont jamais loin. Une jungle ? Peut-être penseront certains, mais ce n’est pas très différent à l’échelon national…

Le roman de Maxime Calligaro et Eric Cardère n’est pas un cours de droit déguisé, c’est bien un polar. Il y a un meurtre, pas mal de suspects, autant de mobiles, et un coupable à trouver. Le choix bien pensé des deux auteurs est d’avoir pris comme héros non pas un enquêteur quelconque, mais l’assistant parlementaire de l’eurodéputée assassinée au sein même du Parlement à Bruxelles, qui connaît la maison et ses rouages (presque) comme sa poche. Aidé par le correspondant permanent d’un grand journal français, un vieux de la vieille qui connaît tout le monde, il est bien décidé à comprendre ce qu’il s’est passé. Avec un tel duo, on s’échappe parfois des bâtiments institutionnels pour fureter aussi dans le microcosme européen élargi, tous ces lieux de rencontres et d’échanges informels et pourtant essentiels.

Rarement l’Union européenne ne m’a semblé aussi concrète que dans ce livre. Bien écrit, bien construit, Les compromis est une véritable gourmandise littéraire pour tous ceux qui ont eu à faire à l’Union et ses institutions, en théorie ou en pratique, mais aussi pour les citoyens curieux et intéressés par le sujet. Et ce jusqu’au dénouement, puisque le mobile du meurtre n’a de sens qu’au sein du processus décisionnel européen.

Les compromis
Maxime Calligaro et Eric Cardère
Editions Rivages

Publicités

Une réflexion sur “Les compromis, Maxime Calligaro et Eric Cardère

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s