Le journaliste et les criminels, Nicolas Deliez

Le journaliste et les criminels Nicolas DeliezC’est un livre un peu glauque, qui se lit presque comme un roman policier alors que ça n’en est pas un. Dans Le journaliste et les criminels, Nicolas Deliez, un journaliste spécialiste du fait divers (tendance sujets sanglants, macabres et morbides), retrace son parcours professionnel à travers des histoires qu’il a dû couvrir, principalement alors qu’il travaillait chez Le Nouveau Détective.

Du jeune journaliste fougueux au vieux briscard qui connaît les ficelles du métier, Nicolas Deliez dresse, à travers des chroniques qui couvrent une décennie d’activité, son propre portrait professionnel. C’est un peu par hasard qu’il arrive au poste de fait-diversier et surtout qu’il y reste. Normalement, dans la presse régionale, on y envoie les jeunes journalistes pour qu’ils se fassent la main sur le terrain. Lui y fait ses classes, mais ne repart pas car il est attiré par le sujet de fond : comprendre l’état de la France, loin de Paris.

Bien sûr, il choisit un angle particulier et chausse des lunettes qui l’incitent à n’en voir que le pire côté. Il aurait pu s’emparer du rôle de chasseur d’initiatives positives ou de celui de touriste rapportant des cartes postales d’une France éternelle et plutôt glamour. Mais ça ne semble même pas lui venir à l’esprit, déjà qu’il s’ennuie à commenter les résultats sportifs locaux pour Paris-Normandie

Si le hasard le fait arriver au fait divers, c’est bien le goût pour ce journalisme de terrain et d’enquête qui l’y fait rester. On découvre au fil des chroniques la solitude du reporter envoyé selon les semaines – et l’actualité – à un bout ou l’autre de la France, pour couvrir une affaire qui sera balayée dès la semaine suivante par une autre.

Je n’ai jamais ouvert Le Nouveau détective, dont les titres ultra-racoleurs sont du genre à me faire fuir. Mais j’ai trouvé intéressant de suivre le parcours de Nicolas Deliez qui rapporte par touches successives sa manière de travailler pour obtenir informations et confidences de la part des victimes, de leurs familles, des témoins, afin de dessiner une situation aussi complète que possible de l’affaire (si possible quand même en récupérant un scoop au passage). Les histoires qu’il reprend pour présenter son parcours sont plus glauques les unes que les autres, et on pourrait voir ce livre comme un condensé de voyeurisme, une séance de rattrapage radicale pour tous ceux qui, comme moi, ne lisent pas Le Nouveau détective ni même les journaux people qui ouvrent aussi des pages à des histoires pas possibles.

Comme le sujet s’y prête, au début, on a l’impression de lire un roman policier. Mais bien vite, on réalise que c’est une image de la France, pas belle du tout mais qui existe, et là, ça devient une lecture moins agréable. Nicolas Deliez ne juge pas, il rapporte et questionne. Son regard évolue parfois au fil des affaires et certaines situations posent questions (comment peut-il écrire son article à sensation sur le procès alors que le verdict n’est pas connu ?). Une chose est sûre, après dix ans d’exercice dans ce domaine, passé de la presse écrite à la télé, il reste porté par une forte curiosité pour ces sujets, et continue à vouloir comprendre les rouages qui sont à l’origine de chaque affaire sur laquelle il enquête.

Le journaliste et les criminels
Nicolas Deliez
Lemieux éditeur

Publicités

Une réflexion sur “Le journaliste et les criminels, Nicolas Deliez

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s