Je ne sais rien de la Corée (mais je me soigne)

Je ne sais rien de la Corée Arthur DreyfusSi vous savez situer la Corée du Sud sur une carte du monde, vous en savez presque plus qu’Arthur Dreyfus lorsqu’il décide de partir au pays du Matin calme… mais en même temps, quoi de plus stimulant que de savoir qu’on ne sait rien et de décider de combler ce vide ?

Je ne sais rien de la Corée n’est pas un carnet de voyage traditionnel. L’auteur n’y livre pas simplement un compte rendu vivant de son séjour dans le pays, il analyse aussi son ressenti sur le voyage, avant, pendant et après, en créant une distanciation qui joue au grand écart entre la métaphysique et l’expérience bassement terre-à-terre.

Même si cette écriture, dont on ne sait si elle est le fruit d’une nature pince-sans-rire, tourmentée ou précieuse, peut surprendre au premier abord, elle nous guide finalement avec succès (puisqu’on est pris par le récit) et humour à travers la Corée du Sud, de Séoul à Busan sans oublier la DMZ (zone démilitarisée de la frontière avec la Corée du Nord).

Arthur Dreyfus partage son expérience d’Occidental confronté à une culture dont il ne maîtrise pas du tout les codes, non pas parce qu’il ne souhaite pas les connaître, bien au contraire, mais parce qu’il ne les comprend pas. A ses yeux, la discrétion des Coréens frise la négation de la possibilité d’interaction, le respect presque inné de la hiérarchie fige chacun dans des rôles sociaux précis et empêche les échanges spontanés, la quête de réussite généralisée sert de moteur à une société coréenne à la recherche de sens.

Et pourtant, il est aussi possible de rencontrer des habitants francophiles, ravis de vous faire découvrir leur pays et de vous aider à essayer de percer quelques uns de ses mystères. Le trentenaire a la chance de lier facilement d’amitié, notamment avec Poème (c’est un exemple de cette écriture particulière : rares sont les personnes qui ont droit à un vrai prénom dans le livre, l’auteur préférant utiliser des pseudonymes qui nous donnent une idée du caractère de ses interlocuteurs), qui l’accompagne presque tout au long de son périple dans le pays et soulève à l’occasion un coin du voile nébuleux déposé sur la Corée du Sud par ses habitants. Il semblerait en effet que les Sud-Coréens soient même fiers de garder impénétrable leur culture, et de cultiver un entre-soi excluant pour… l’intégralité du reste du monde.

Si l’on part de l’idée que s’intéresser à la Corée du Sud, c’est accepter de ne rien comprendre, Arthur Dreyfus remporte avec ce livre le double pari de titiller sérieusement notre curiosité à l’égard de ce pays et de nous donner l’impression d’en savoir beaucoup plus sur son peuple, son histoire et ses traditions en le refermant.

Je ne sais rien de la Corée
Arthur Dreyfus
Gallimard

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